
Que faisiez-vous avant l’I.A. ?
J’étais architecte, un métier qui m’a conduit à acquérir les bases de la conception d’images de synthèse 3D. Mais je détestais ce type de travail : c’était lent, laborieux. Et puis sont arrivés des outils plus souples, comme les générateurs d’images. J’ai alors vu des gens produire des choses inattendues. Je m’y suis essayé, mais en séparant totalement ces expériences de mes autres activités. C’est pour cette raison que j’ai d’abord gardé ce travail secret puis que j’ai partagé mon travail uniquement sous pseudonyme.
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Dr Formalyst est d’ailleurs en soi une note d’intention. Quand on est un designer classique, il faut que vos créations puissent se concrétiser, qu’elles soient en quelque sorte pratiques. Moi, je voulais me focaliser sur la forme : tester comment les couleurs nous affectent par exemple. En outre, quand, en architecture, on veut condamner votre travail, on le qualifie volontiers de « formaliste ». Ça me faisait rigoler d’aller à l’encontre de tous ces principes.
Parlez-nous de votre travail sur le mouvement et notamment de votre collaboration avec la danseuse ukrainienne Irina Bashuk, dont vous avez capté les chorégraphies pour les appliquer à des formes plus ou moins abstraites.
En tant qu’architecte, j’avais une certaine connaissance du mouvement humain : les architectes étudient la relation entre nos déplacements et l’espace dans lequel ils s’expriment. Ensuite, je voulais explorer le fait que l’I.A. nous propose un mouvement unique et générique à la fois. Mais je ne veux pas que l’I.A. fasse le travail à ma place parce que j’adore créer : j’aime composer une image, travailler la lumière, etc. J’œuvre donc, en partie, contre ce que l’outil propose : l’I.A. est très exubérante par exemple, alors que je l’emmène vers le minimalisme. C’est aussi pour toutes ces raisons que je base certains de mes travaux sur les chorégraphies d’Irina. Je souhaitais également inverser le processus courant : habituellement, on débute avec une histoire pour définir le mouvement. Là, je voulais que la narration vienne des mouvements.
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L’humour est très présent dans vos œuvres, notamment avec votre personnage de critique virtuel : Clifford Davenport.
J’ai cette ironie en moi, ainsi qu’un goût prononcé pour l’humour noir. Alors que je rédigeais la description d’un de mes projets en m’aidant de ChatGPT, j’ai remarqué que ce générateur essayait de tout rendre bienveillant. Ça m’a énervé et je lui ai demandé d’écrire cinq critiques très négatives de mon projet, en allant de pire en pire. Le résultat était hilarant. J’ai donc décidé de créer ce vieux critique, totalement à l’opposé des influenceurs qui pullulent sur Internet. L’idée est, au long terme, de mettre ce critique virtuel à la disposition de tous les gens qui veulent lui soumettre leur œuvre. Et je pense que Clifford Davenport a de l’avenir car, contrairement à ce que l’on dit, les artistes sont très attirés par les critiques négatives !
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