Nicole Genovese interviewée par Séléna, 14 ans : « Ce que j’aimais le plus ado, c’était rigoler »

Naviguant entre des questions simples mais essentielles, un homme tente de divertir le public tout en préparant un gâteau au chocolat. Séléna, 14 ans, a rencontré Nicole Genovese, autrice de « Bien sûr oui OK », un spectacle inclassable et irrésistible.


Nicole Genovese et Séléna © Romain Guédé pour TROISCOULEURS
Nicole Genovese et Séléna © Romain Guédé pour TROISCOULEURS

Comment as-tu eu l’idée que le héros fasse un gâteau pendant la pièce ?

Quand on m’a commandé cette pièce, qui allait être jouée dans les collèges, j’ai appris qu’il était interdit de venir à l’école avec des gâteaux faits maison pour célébrer un anniversaire ou fêter la fin de l’année. Pour « des raisons d’hygiène », les élèves devaient venir avec un gâteau fabriqué industriellement. J’ai trouvé cela surprenant et très triste. Alors, pour mon spectacle, la première idée qui m’est venue était de faire un gâteau sur scène, qu’on partagerait tous ensemble après la représentation.

Pourquoi l’acteur, Flavien Bellec, est-il déguisé en renne ?

Avant d’écrire, j’ai listé les attentes d’un théâtre nommé « jeune public » : les tours de magie, les costumes rigolos, les chansons sympa… Tous ces trucs, on s’est dit qu’on allait les faire, mais très mal. J’avais en stock un costume de renne, c’est comme ça qu’il en a hérité. J’aime bien recycler les costumes.

Qu’est-ce qui t’a inspirée pour écrire cette pièce ?

Ce que j’aimais le plus, ado, c’était rigoler. En colonie, j’avais découvert un humour deuxième degré. On avait regardé La Cité de la peur, le film de la troupe Les Nuls, et j’avais adoré ! J’avais envie que les spectateurs ressentent un peu la même chose que moi à l’époque, qu’ils se disent : « C’est marrant, mais c’est bizarre, quand même. »

Justement, le titre est bizarre !

Au théâtre, quand on te propose de monter un spectacle, il faut constituer un dossier et trouver un titre, parfois deux ans avant que le spectacle n’existe vraiment. Au téléphone, une dame de l’administration m’a dit : « Il me faudrait un titre. » Je lui ai répondu : « Bien sûr, oui, OK. » J’ai raccroché. Et comme je n’avais pas de titre, j’ai gardé « Bien sûr oui OK ».

A LIRE AUSSI Petite histoire du non-sens au cinéma

Qu’est-ce que tu veux dire avec cette pièce ?

Flavien et moi sommes partis d’un ouvrage sur l’économie qu’on aimait beaucoup, La Part maudite de Georges Bataille. Nous sommes dans une société où l’on produit énormément, on est dans une quête de croissance. En économie, on dit qu’il y a toujours une perte, alors que faire de la perte ? Est-ce qu’on la réinjecte dans la croissance ? Mais il y aura un effet Cocotte-Minute et on ne s’en sortira pas. Ou décide-t-on d’assumer cette perte et de la célébrer ? Dans le spectacle, on célèbre les jaunes d’œufs qui ne servent à rien dans la recette du gâteau. On parle aussi de l’efficacité.

De manière volontaire, on a créé des temps longs, qui provoquent des moments comiques. On a besoin de silence, de recul… On ne peut pas toujours avoir le nez dans le guidon, produire et trouver des solutions à tout !

Propos recueillis par par Séléna (avec Cécile Rosevaigue)

◆◆◆

Bien sûr oui OK de Nicole Genovese, à la Maison des métallos, du 13 au 22 mars, dès 10 ans

◆◆◆