
En réunissant cent cinquante artistes afro-descendants dont les œuvres n’ont, pour beaucoup, encore jamais été montrées en France, l’exposition « Paris noir » met sur pied une ambitieuse réécriture de l’art moderne et contemporain.
Entre 1950 et 2000, venus des continents africain ou américain, les artistes noirs sont aimantés par la capitale française, où émerge rapidement un « internationalisme noir », explique la commissaire de l’exposition Alicia Knock, « largement occulté dans les récits d’histoire de l’art du xxe siècle ».
Dans ce contexte, une puissante pensée panafricaine et anticoloniale prend racine à Paris, aussi bien dans les librairies, qui diffusent les textes d’Édouard Glissant et le Discours sur le colonialisme (1950) d’Aimé Césaire, que sur les bancs de la Sorbonne, où se tient le premier Congrès des écrivains et artistes noirs, en 1956.
Les artistes contribuent largement à la construction de l’art moderne, tout en investissant leur travail de leurs identités particulières et de leurs préoccupations politiques. Le Cubain Wifredo Lam (1902-1982) peint ainsi des motifs hybrides, qui font dialoguer le langage de la peinture moderne avec des symboles africains et caribéens ; dans les années 1960, le free-jazz d’Archie Shepp, ivre d’émancipation, donne une bande sonore au besoin d’affirmation de la culture noire.

Les femmes ne sont pas en reste : tout un chapitre leur est dédié, lequel éclaire comment, dans les années 1980, une nouvelle génération d’artistes africaines-américaines comme Mary Lovelace O’Neal (née en 1942) poursuit les recherches de ses acolytes autour de l’esthétique de la modernité en y insufflant un souffle féministe. Ce parcours historique – et passionnant – est ponctué de quatre regards contemporains, produits spécialement pour l’occasion par Valérie John, Jay Ramier, Nathalie Leroy-Fiévée et Shuck One.
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au Centre Pompidou, du 19 mars au 30 juin 2025
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