
« J’ai toujours des désirs d’images oniriques, sûrement parce que les questions politiques et sociales me semblent très connectées aux croyances. » Irrigué d’une lumière presque surnaturelle, le cinéma d’Alice Brygo – qui compte pour l’heure quatre courts métrages – installe ses personnages à la lisière de deux univers, comme en flottaison, poreux à différents niveaux de conscience comme à des réalités sociales polarisées.
Un univers que l’artiste de 29 ans, formée aux Arts décoratifs et au Fresnoy, constelle d’une « obsession pour l’heure bleue », développée à l’adolescence alors que cette Montpelliéraine d’origine se passionne pour les photos de manoirs abandonnées sur des Skyblog emo.

À son arrivée à Paris pour ses études, elle fréquente les free partys et s’installe un temps dans un squat à Aubervilliers. « Il y avait ces situations absurdes où, en sortant du club La Station, au petit matin, on se retrouvait face à des migrants installés dans des camps. Je voulais explorer cette gêne, cette brutalité, en confrontant les réalités de la précarité à l’esthétique de la fin du monde que convoquent la fête et les milieux alternatifs. »

En émergent Les Îles périphériques (2021), puis l’émouvant Soum (2022), qui s’appuient sur une « remise en scène » de situations dans lesquelles Alice Brygo a senti « un truc se casser, se révéler ». Étrange et merveilleux objet qui s’émancipe des poncifs sur la vieillesse, Attention brouillard (2025), coréalisé avec l’artiste Louise Hallou, dévoile, lui, la myriade de correspondances possibles entre les âges et les mondes. En attendant un plus long voyage.
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