
En octobre 2023, Émilie Dequenne avait annoncé être atteinte d’un cancer rare, celui de la glande surrénale, diagnostiqué deux mois auparavant. « Quelle lutte acharnée ! Et qu’on ne choisit pas… », avait posté l’actrice sur Instagram le 4 février, au moment de la Journée mondiale contre le cancer.
Chroniquant sur cette page Instagram son combat contre la maladie et sa phase de rémission, l’actrice pleine de vie, aux cheveux rasés désormais mais avec le même regard pétillant qu’à ses débuts, avait à cœur de sensibiliser le public sur ce drame qui l’a éloignée des plateaux de cinéma ces derniers temps.
Révélée à l’âge de 17 ans dans Rosetta des frères Dardenne (dans le rôle d’une jeune femme prête à tout pour préserver son emploi), qui avait été auréolé d’une Palme d’or à Cannes, elle avait remporté un prix d’interprétation féminine au même festival en 1999.
On l’a également vue dans La Fille du RER d’André Téchiné (2009) ou encore À perdre la raison de Joachim Lafosse (2012) – sa prestation bouleversante dans le rôle d’une mère de famille à bout de nerfs qui commet l’irréparable lui avait valu un prix d’interprétation dans la catégorie Un certain regard à Cannes.
Plus récemment, elle nous éblouissait dans Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret (2020), un fougueux conte philosophique dans lequel elle jouait une femme trompée, et pour lequel elle remportait le prix du meilleur second rôle féminin aux César de 2021. Ou dans le rôle d’une mère douce dans Close de Lukas Dhont (2022).
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En décembre dernier, elle avait confié au micro de TF1 que sa maladie, en rechute après une rémission, s’aggravait, et qu’elle ne vivrait « pas aussi longtemps que prévu ».
HOMMAGES DE LA PROFESSION
Après l’annonce de sa disparition, l’actrice Leïla Bekhti a rendu hommage sur son Instagram à une « grande dame, grande âme, grande actrice, une reine ».
Toujours sur Instagram, le réalisateur Lukas Dhont s’est rappelé leur rencontre sur une chanson d’Elvis Presley, Can’t Help Falling In Love. « Les mots me manquent pour dire tout ce que j’ai appris à tes côtés. Je te porterai avec moi, Émilie, Rosetta, Sophie et toutes les autres femmes que tu as dépeintes avec tant de soin. Je danserai sur Elvis Presley en pensant à toi. Merci, Émilie. »
Deux autres cinéastes avec lesquels Emilie Dequenne a travaillé ont tenu à lui rendre hommage. Luc Dardenne, d’abord : « Il existe des acteurs terriens et certains aériens. Elle, elle portait un poids, on sent qu’elle est enracinée, qu’elle tient sur ses deux jambes. Elle meurt si jeune, de manière si injuste, elle aurait fait tellement de choses. On ne les verra jamais », a confié le coréalisateur de Rosetta auprès de Libération.
Également interrogé par le journal, Emmanuel Mouret a réagi : « C’était quelqu’un d’extrêmement humble, pas très sûre d’elle, ce qui est toujours touchant quand on travaille avec des acteurs qu’on admire (…). Elle ressentait tous les mots qu’elle pouvait dire. Je pense d’ailleurs qu’elle ne pouvait pas jouer quelque chose qu’elle ne ressentait pas. »
Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes, a transmis ces mots à l’AFP, d’après Le Monde : « Elle a insufflé une vitalité folle à un film [Rosetta] qui filait déjà à 100 à l’heure […] Emilie s’est battue telle la petite chèvre de M. Seguin […]. On sentait chez elle la douceur intrépide de ceux qui savent leurs jours comptés. »
Article mis à jour le 17 mars à 16h42 avec les hommages de Luc Dardenne et Emmanuel Mouret.