
Rosetta (1999)
Dans ce drame social signé par les frères Dardenne et auréolé d’une Palme d’or à Cannes en 1999, l’actrice, 17 ans à l’époque, incarne une jeune ouvrière d’usine licenciée, touchée de plein fouet par la précarité. Intense, combative, Émilie Dequenne, bien que débutante (mais issue d’une famille travaillant dans une entreprise de menuiserie, fondée par son grand-père), semblait tout comprendre du désespoir de son personnage, qui lui a valu un prix mérité d’interprétation féminine au Festival de Cannes.
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La Fille du RER (2009)
En 2004, une jeune femme avait bouleversé l’opinion en prétendant avoir été victime d’une agression antisémite dans un RER, sans qu’aucun des témoins ne réagisse, avant d’avouer quelques jours plus tard qu’elle avait tout inventé. De ce sinistre fait divers, André Téchiné a tiré une étude précise, tour-à-tour romanesque et asphyxiante, sur la fabrication du mensonge. Loin de porter sur elle un jugement hâtif, mais en essayant de montrer tout le cheminement qui l’a menée à l’invention, Émilie Dequenne a incarné avec brio et profondeur cette héroïne complexe, coincée entre réalité et fiction.
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À perdre la raison (2012)
Encore un fait divers et encore un rôle délicat pour l’actrice, pour ce film chabrolien réalisé par Joachim Lafosse et inspiré de l’affaire Geneviève Lhermitte, une mère de famille nivelloise qui a tué ses cinq enfants en 2007. Dans ce film qui déroule là encore toutes les dynamiques sociales qui se jouent derrière une telle tragédie (le microcosme bourgeois dans lequel la famille s’est enfermée), l’actrice savait apporter à son rôle des nuances et une sensibilité infinies – raison pour laquelle elle avait remporté le prix d’interprétation « Un certain regard » à Cannes, en 2012.

Chez nous (2017)
Dans ce polar social du Belge Lucas Belvaux, l’actrice joue avec brio une infirmière libérale du Pas-de-Calais, qui finit par se présenter aux élections municipales sous la bannière d’un parti d’extrême-droite. Sans manichéisme, avec un mélange d’aplomb et d’innocence, Émilie Dequenne incarne la banalité de la radicalisation, nourrie de la misère et du déclassement.

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2020)
Dans ce marivaudage sentimental et littéraire, où les volutes de mots font office d’action, Émilie Dequenne irradie. Elle y joue une femme qui piège son mari infidèle (Vincent Macaigne), lui faisant croire qu’elle le quitte pour un autre avant que ce dernier parte en premier. Sauf que le jeu de l’actrice n’exprime aucune revanche ni haine, mais plutôt une éclatante bienveillance. Il fallait le visage tendre et lucide d’Émilie Dequenne pour incarner cette complexité émotionnelle – elle remportera d’ailleurs le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour cette prestation.
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Close (2022)
Chronique d’une amitié fusionnelle entre deux garçons de 13 ans, Rémi et Léo, jusqu’à l’irruption d’un drame et ses répercussions dans leur famille respective, le mélo de Lukas Dhont doit beaucoup à la fraîcheur de ses interprètes principaux (Eden Dambrine et Gustav De Waele.) Mais aussi à ses rôles secondaires, dont celui, dans la peau de la mère de Rémi, d’Émilie Dequenne. Privilégiant les silences aux grandes démonstrations, les regards opaques à un jeu ampoulé, l’actrice prouve que la sobriété est la clé de l’émotion.
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Marinette (2023)
Rare biopic dédié à une figure sportive féminine, ce film de Virginie Verrier jette la lumière sur Marinette Pichon, pionnière du football en France. Dans un milieu où sévissent les violences intra-familiales, face à un père violent, Marinette (Garance Marillier) peut compter sur une mère (Émilie Dequenne) à la fois impuissante, victime, résiliente et courageuse. Une gamme d’émotions contradictoires que l’actrice porte avec finesse, discrétion et force.