« Deux sœurs » de Mike Leigh : un grand film sur le deuil et la cruauté

Le grand Mike Leigh revient aux sources avec un personnage principal antipathique comme celui de son génial « Naked » (1993), ici joué par une actrice de choix, Marianne Jean-Baptiste, déjà tête d’affiche de sa Palme d’or « Secrets et mensonges » en 1996.


Marianne Jean-Baptiste dans Deux Soeurs © Channel Four Television Corporation Mediapro Cine S.L.U.
Deux Soeurs © Channel Four Television Corporation Mediapro Cine S.L.U.

Si le prédicateur punk de Naked arpentait les rues et squattait les appartements, dans ce nouveau film, l’héroïne de Deux Sœurs, Pansy, peine à sortir de chez elle, entravée par une maladie lourde et surtout une colère abyssale qui la fait entrer en collision avec tous ceux qu’elle croise.

Seule Chantelle (Michele Austin), sa sœur, solaire et optimiste, ose l’affronter, lui avouant : « Je ne te comprends pas, mais je t’aime. » Quand Pansy invite sa famille anglo-caribéenne pour la fête des Mères, la réunion se fait bancale. On pénètre alors dans la prison familiale, lieu de drames et de non-dits, et le rire cède à l’émotion… Trente ans après Secrets et mensonges, le réalisateur retrouve l’immense actrice Marianne Jean-Baptiste, qui insuffle ici une drôlerie et une fragilité inouïes au personnage de Pansy. N’expliquant ni sa maladie ni l’origine de sa rage, Leigh préfère semer des indices et explorer minutieusement ce mystère avec une tendresse cruelle.

Avant le tournage, le réalisateur a multiplié les répétitions, créant un esprit de troupe palpable dans le jeu des acteurs et une subtilité qui s’incarne à l’écran jusque dans le moindre détail : un éloquent mouvement des yeux chez Curtley (le mari taiseux) ou une mimique de Moses (le fils de Pansy). Le cinéaste britannique réaffirme ainsi son talent unique pour nous attacher à des héros marginaux, voire antipathiques.

Deux Sœurs de Mike Leigh, sortie le 2 avril, Diaphana (1 h 37)