
Les sous-titres de chaque volet de la trilogie Jeunesse ne mentent pas : la jovialité presque insouciante et collective du « printemps » laisse place, dans ce deuxième volet, à plusieurs signes d’assombrissement.
Les longues séquences de drague s’estompent et la verticalité du système industriel et concentrationnaire reprend ses droits : la promiscuité des corps, l’exiguïté des espaces, la précarité des conditions salariales – tout prétexte est bon pour suspendre les paiements –, la violence qui sous-tend tous les rapports humains, la négociation permanente pour le prix d’une pièce, pour l’attribution d’une chambre, pour obtenir quelques jours de vacances au moment du premier de l’An… Tout ce qui était déjà là dans la première partie – alors emporté par une frivolité inattendue – est ramené à une âpreté de tous les instants. L’impulsion vitaliste de l’œuvre de Wang Bing n’en est que plus frappante.
De nouveau, le montage organise une forme fluctuante et convulsive, qui cherche moins à démontrer qu’à produire une appréhension physique du film. La caméra, parfois au cœur de l’action, parfois tapie dans un coin, permet de cristalliser des drames invisibles, dégagés du flot continu et informe du quotidien, comme pour traquer toutes les formes de vie résistantes.
Jeunesse (Les Tourments) de Wang Bing, sortie le 2 avril, Les Acacias (3 h 47)