Parfois jusqu’à l’ironie, Helmut Newton a toujours pris de biais le genre très calibré de la photo de mode féminine, tout en poses suggestives. Mêlant archives et interviews où transparaît toute son espièglerie, ce documentaire retrace son parcours en expliquant son style ambigu, narquois. Il le commente parfois lui-même en racontant que, en tant qu’enfant juif ayant grandi dans l’Allemagne nazie, son inconscient a été marqué par la grandiloquence des images de propagande de la cinéaste Leni Riefenstahl.
D’autres influences (Brassaï, Erich von Stroheim…), ainsi qu’une mise en perspective autour d’une époque où la mode se voulait avant-gardiste et défiant les conventions (Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, Anna Wintour…) éclairent, photos à l’appui, les rouages de son « art ».
Un terme qu’il refusait d’ailleurs, se considérant peut-être simplement au service des marques, dont il détournait souvent les commandes – parfois dans une veine glauque, comme sa pub pour des bijoux où des mains manucurées dépiautent une carcasse de poulet. Mais les passages les plus intéressants du documentaire interviennent lorsque Isabella Rossellini,, ou Claudia Schiffer livrent leur ressenti par rapport à sa manière de travailler. Elles détaillent alors toute la confiance qu’elles mettaient en lui, la force que ses photos ont pu leur donner, tout en interrogeant son male gaze.
: Helmut Newton. L’effronté de Gero von Boehm, KMBO (1 h 33), sortie le 14 juillet