C’est leur dernier repas de famille. Papa a quitté maman et s’installe dans son nouvel appartement. La petite Ren, au centre, tente de maintenir le calme. Mais en moins d’une minute, le père a quitté la table sous les yeux suppliants de sa fille. Dans la même veine que Kore-eda (qui a d’ailleurs revendiqué l’influence de son cinéma), le réalisateur Shinji Sômai nous invite, dès la scène d’ouverture, à observer le déchirement de la cellule familiale à travers les yeux de l’enfant, ici incarnée par Tomoko Tabata.
Suivant les états d’âme de l’héroïne, la mise en scène épouse la rage de Ren qui court dans les rues et dans les couloirs de son école, pour esquiver les moqueries de ses amis – qui lui répètent que « fille de divorcée », à Kyoto, ça ne se dit pas – et pour ne pas faire face au silence de ses parents. Grâce à de nombreux plans séquences, on se sent projeté pleinement dans sa tentative d’échapper au réel.
Mais bien vite, le retour de plans fixes sur la cuisine, la chambre, rappellent l’impossibilité de cette fuite – et instillent subtilement une douce mélancolie. La petite s’isole et n’adresse ses paroles qu’aux spectateurs. “Je sais ce que j’ai à faire”, répète-t-elle avec un air de défi, imposant sa parole dans un monde d’adultes sourd à la voix des enfants.
Avec Déménagement, tiré du livre d’Hiko Tanaka, Shinji Sômai, qui nous a quittés en 2001, livre une fable poétique et puissante sur la fin de l’enfance innocente. Dévoilée il y a trente ans au Festival de Cannes et récompensée pour sa version restaurée en 4K cette année à la Mostra de Venise, ce récit d’apprentissage est projeté pour la première fois dans les salles françaises dès ce 25 octobre. Force est de constater que malgré les longues années passées dans l’anonymat des cercles de cinéphiles japonais, il n’a pas pris une ride.
Déménagement de Shinji Sômai, mk2 Films (2h04), sortie le 25 octobre.