
« C’est quand, le moment présent, exactement ? » s’interroge une jeune fille de terminale, habitante d’une petite commune de la Drôme, département où Guillaume Brac a déjà tourné À l’abordage ! (2021) et vit désormais. C’est à Die que le cinéaste a posé sa caméra quelques semaines avant les épreuves du bac. Le détail est important.
Car, si la première partie éponyme de ce diptyque, Ce n’est qu’un au revoir, documente avec beaucoup de grâce et une certaine distance pudique (celle d’un cinéaste prêt à tout apprendre de celles et ceux qu’il filme) la vie en internat de jeunes et jolis babos, il saisit surtout avec une sensibilité d’orfèvre ce moment de bascule où l’on comprend que le présent échappe en permanence. Sous les couleurs de l’été, le segment se révèle alors profondément mélancolique, mais aussi animé par la fureur de cette jeunesse dont l’impressionnante maturité n’a d’égale que la violence du monde qui la frappe.
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Avec Un pincement au cœur, le deuxième segment, Brac donne un contrechamp au premier : il passe du Sud au Nord (Hénin-Beaumont), du grand air à l’ère des masques chirurgicaux, de la force du collectif à la solitude de deux jeunes filles, de l’euphorie d’un vivre-ensemble joyeux à un spleen plus inquiet. Se fredonne alors, à travers ces deux beaux films miroirs, une déchirante déclaration d’amour à l’amitié comme précieux refuge.
Ce n’est qu’un au revoir de Guillaume Brac, sortie le 2 avril, Condor (1 h 03)