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Nouvelle vague de Richard Linklater
Le prolifique Richard Linklater, qui a montré à la dernière Berlinale son Blue Moon (sur le Broadway des années 1940, sans date de sortie pour le moment), fait saliver les cinéphiles français depuis plusieurs mois avec son projet de film sur le tournage du cultissime À bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960), acte fondateur du mouvement de la Nouvelle Vague. Pour incarner la non moins mythique Jean Seberg, le réalisateur a embauché Zoey Deutch. Un vent de liberté artistique risque de souffler très fort sur la Croisette cette année.
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The Phoenician Scheme de Wes Anderson
Célébré ce printemps à la Cinémathèque française dans une exposition inédite, le très méticuleux Wes Anderson, qui a empoché un Oscar l’année dernière pour son court métrage La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar, enchaîne les projets.
Après les truculents The French Dispatch (2021) et Asteroid City (2023), tous deux présentés en Compétition officielle à Cannes, le réalisateur américain envoie encore du lourd niveau casting, pour son prochain film centré autour d’un des hommes les plus riches d’Europe. Benicio Del Toro campera le rôle principal. Un dénommé Zsa-zsa Korda, autour duquel gravitent Mia Threapleton (dans le rôle de Sister Liesl, sa fille et accessoirement une nonne) ou Michael Cera (dans le rôle de Bjorn Lund, un tuteur).
Egalement au casting : Bryan Cranston, Scarlett Johansson (qui figure elle aussi dans notre liste), Bill Murray, Riz Ahmed, Tom Hanks ou encore Benedict Cumberbatch. La sortie du film serait prévue pour le 28 mai 2025.

Une affaire d’Arnaud Desplechin
Absolument tous ses derniers films (Tromperie à Cannes Première en 2021 ; Frère et sœur en Compétition en 2022 et Spectateurs ! en Séances spéciales en 2024) ont été présentés à Cannes, donc pourquoi pas celui-ci ? Avec Une affaire, Arnaud Desplechin racontera « la carrière de Mathias, un pianiste virtuose vivant une histoire d’amour impossible à Lyon » (ce décor éminemment cinéphile nous autorise à imaginer un lien plus ou moins dissimulé avec le 7ème art, jamais absent des intrigues narratives de Desplechin). Avec François Civil, Nadia Tereszkiewicz et Charlotte Rampling.

Eddington d’Ari Aster
Depuis qu’on a vu ses films, on se méfie des poteaux téléphoniques, des festivités suédoises et des greniers. Cette liste risque de s’allonger avec Eddington, quatrième long métrage du réalisateur révélé en 2018 avec Hérédité.
Ce futur ovni suivra les aventures d’un couple dont le véhicule tombe en panne à l’entrée d’une petite ville américaine idyllique en apparence, mais menaçante à la nuit tombée. Pour ce film qui pourrait marquer la toute première sélection du cinéaste à Cannes, Ari Aster retrouvera Joaquin Phoenix (Beau is Afraid, 2023) et dirigera pour la première fois Austin Butler, Pedro Pascal et Emma Stone. L’actrice devrait se sentir comme chez elle dans l’univers cauchemardesque du cinéaste américain.
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Couture d’Alice Winocour
Amorcé avec Maria, le biopic de Pablo Larraín sur la Callas sorti en février, le retour d’Angelina Jolie sur grand écran se confirme. Elle occupera le premier rôle du prochain film d’Alice Winocour (Maryland, présenté à Un certain regard en 2015, Proxima, 2019, Revoir Paris, 2022).
Celui de Maxine, une réalisatrice américaine « embarquée dans un parcours de vie et de mort alors qu’elle arrive à Paris pour la Fashion Week et que son existence va entrer en collision avec celles de deux autres femmes », nous dit le synopsis, particulièrement intrigant. Au casting également : Louis Garrel et Ella Rumpf.

The Way of the Wind de Terrence Malick
Un biopic sur la vie du Christ ? Terrence Malick, le plus spirituel des cinéastes, n’a peur de rien. Cinq ans que l’on attend des nouvelles de cet opus qui entame en 2024 sa cinquième année de post-production, et devrait durer plus de trois heures. Cette année, il pourrait enfin débarquer à Cannes.
On sait que cette fresque s’intéressera aux divergences entre Jésus (Géza Röhrig) et l’apôtre Pierre (Matthias Schoenaerts) à propos de l’invasion romaine. De quoi concurrencer un autre film sur Jésus que Martin Scorsese est aussi en train de préparer. Jesus superstar.
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Vie privée de Rebecca Zlotowski
Dans ce prochain film tourné entre Paris et la Normandie, la géniale cinéaste d’Une fille facile (2019) et Les Enfants des autres (2022), digne héritière de Claude Sautet, raconte l’histoire d’une psychiatre reconnue qui, face à la mort soudaine d’une de ses patientes, se persuade qu’il s’agit d’un assassinat, et décide de mener son enquête – la promesse d’un sacré tourbillon romanesque. Pour ne rien gâcher, Zlotowski s’entoure pour ce projet de Jodie Foster, Virginie Efira et Daniel Auteuil.
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Eleanor The Great de Scarlett Johansson
Après These Vagabond Shoes, court-métrage fauché sur un newyorkais à la recherche d’un hot-dog réputé, réalisé en 2009, Scarlett Johansson passe au long-métrage avec Eleanor the Great. L’actrice américaine y racontera l’histoire d’Eleanor Morgenstein, une femme de 90 ans qui tente de reconstruire sa vie à New York, après la mort de sa meilleure amie.
On a hâte de savoir si ce portrait féminin, aux contours mystérieux, et porté par des acteurs peu connus en France : June Squibb, Chiwetel Ejiofor et Jessica Hecht sera retenu pour Cannes.
La Vague de Sebastián Lelio
Après Une femme fantastique (Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2018) et The Wonder (2022), le cinéaste chilien propose un nouveau portrait d’héroïne complexe. Inspiré des manifestations universitaires qui ont eu lieu pendant le mouvement dit du « mai féministe » au Chili en 2018, ce nouveau opus musical suivra une étudiante en musique, subitement impliquée dans le mouvement féministe de son campus. Le film sera porté par des actrices quasi inconnues : Daniela López, Avril Aurora, Lola Bravo et Paulina Cortés.
Alpha de Julia Ducournau
Après le génial et monstrueux Titane, Palme d’or au Festival de Cannes 2021, la réalisatrice française pourrait faire son grand come-back avec ce film de SF, l’histoire d’une petite fille plongée dans une ville fictive ressemblant à New York, durant les années 1980, d’après les informations que la réalisatrice avait partagées auprès de La Villa Albertine.
Le long-métrage évoquera l’épidémie de sida à travers le personnage de l’un des parents d’Alpha, touché par la maladie. Golshifteh Farahani et Tahar Rahim sont les têtes d’affiche de ce film de genre hyper attendu, qu’on devine aussi ambitieux que politique.
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Hamnet de Chloé Zhao
Adapté du best-seller de Maggie O’Farrell, le nouveau film de la réalisatrice chinoise, aussi à l’aise dans le road-trip indé (Nomadland, Oscar du meilleur film en 2020) que dans le blockbuster (Les Éternels) racontera la mort d’Hamnet Shakespeare, fils oublié de la famille du dramaturge anglais, et l’impact de ce deuil sur le travail de William Shakespeare. Au casting : notre chouchou Paul Mescal et Jessie Buckley, qu’on adorerait voir réunis sur tapis rouge cannois.

Dossier 137 de Dominik Moll
Son enquête pour féminicide tirée d’une histoire vraie, La Nuit du 12, présenté à Cannes Première en 2022, a marqué les esprits. Espérons que le nouveau film de Dominik Moll (qui n’a pas intégré la compétition depuis Harry, un ami qui vous veut du bien, en 2000), Dossier 137, fasse de même et nous secoue tout autant que le précédent.
Avec Léa Drucker en tête d’affiche, ce thriller suivra une enquêtrice de l’IGPN, la police des polices, dans une affaire en apparence comme les autres mais qui se révèle être en réalité bien différente.
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No Other Choice de Park Chan-wook
Chouchou du festival de Cannes (il a remporté le prix de la mise en scène pour Decision To Leave en 2022), le cinéaste sud-coréen adapte le roman La Hache de Donald E. Westlake. Ce thriller teinté d’humour noir s’attardera sur le parcours d’un homme fraîchement licencié, qui décide d’éliminer véritablement ses concurrents. Une histoire de vengeance déjà adaptée au cinéma par Costa Gavras en 2005 dans Le Couperet.
Chocobar de Lucrecia Martel
La passionnante réalisatrice argentine, dont toute l’oeuvre questionne la mémoire traumatique de la dictature de son pays natal, travaille depuis des années sur ce documentaire d’archives.
Elle y retrace le procès de l’assassinat d’un leader communautaire, Javier Chocobar, tué en 2009 par un propriétaire terrien alors qu’il luttait pour la reconnaissance des droits ancestraux de sa communauté. Si la réalisatrice était sélectionnée à Cannes, ce serait sa troisième fois, après La Nina Santa et La Femme sans tête, respectivement en Compétition en 2004 et 2008.
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La Disparition de Sirill Serebrennikov
Après La Fièvre de Petrov (2021) et Limonov (2024), présentés en Compétition, Kirill Serebrennikov pourrait revenir à Cannes avec La Disparition de Josef Mengele, adaptation du roman éponyme d’Olivier Guez, prix Renaudot 2017. Le roman retrace les années d’exil en Amérique du Sud de Josef Mengele, un médecin tortionnaire d’Auschwitz, qui sera incarné par August Diehl (Une vie cachée de Terrence Malick et Le jeune Karl Marx de Raoul Peck).
Il était une fois à Gaza de Tarzan et Arab Nasser
À Gaza, en 2007, un jeune étudiant se lie d’amitié avec un dealer charismatique au grand cœur. Ensemble, ils commencent à vendre de la drogue dans un restaurant de falafels. Tel est le pitch de ce film des frères Nasser (Gaza mon amour, 2020), déjà passés par la Semaine de la critique avec Dégradé (2015). Les reverra-t-on cette année ?
The Doctor Says I’ll Be Alright, But I’m Feelin’ Blue de Mascha Schilinski
Réalisatrice de Die Tochter, présenté à la Berlinale en 2017, Mascha Schilinski pourrait créer la surprise avec ce film qui raconte l’histoire de quatre filles, issues de quatre décennies différentes, mais liées par quelque chose de mystérieux. Leur point commun : avoir grandi dans une ferme rurale. Un pitch qui promet un beau récit de sororité, peut-être teinté de fantastique.
Orwell: 2+2=5 de Raoul Peck
L’année dernière, le cinéaste haïtien présentait en Séance Spéciale Ernest Cole, photographe (il avait alors remporté ex-aequo l’Œil d’or avec Les Filles du Nil de Nada Riyadh et Ayman El Amir, sorti ce 5 mars).
Grand habitué du festival, toujours friand de ses documentaires percutants, Raoul Peck s’attaque cette fois à l’auteur britannique visionnaire George Orwell, à qui on doit le chef d’œuvre uchronique 1984, qui aujourd’hui encore fait couler beaucoup d’encre. Entre les mains de Peck, on imagine une exploration à la fois concise, sensible et forcément politique.
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Amrum de Fatih Akin
Il avait remporté en 2007 le prix du scénario pour De l’autre côté. Connu pour son sens de la mise en scène éruptive et de la narration non-linéaire, l’Allemand Fatih Akin (Soul Kitchen, 2009 ; In The Fade, montré en Compétition à Cannes en 2017 mais reparti sans prix) pourrait tenter de décrocher son deuxième trophée cannois avec Amrum, dont voici le synopsis : « Sur l’île d’Amrum au printemps 1945. Chasse au phoque, pêche nocturne, travail dans les champs : rien n’est trop dangereux ou trop difficile pour Nanning, 12 ans, qui aide sa mère à nourrir la famille dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. »
La Maison maternelle des frères Dardenne
Deux fois lauréats de la Palme d’or (pour Rosetta en 1999 et L’Enfant en 2005), Luc et Jean-Pierre Dardenne pourraient fouler à nouveau le tapis rouge cannois après Tori et Lokita (2022), drame social sur la trajectoire de deux ados venus d’Afrique de l’Ouest et réfugiés en Belgique. Cette fois-ci, les deux frères réalisent un film choral sur la maternité, en suivant le destin de cinq mères qui se battent pour assurer à leurs enfants un monde meilleur.
⚫ Textes rédigés par Romain Nesme, Chloé Blanckaert et Léa André-Sarreau.
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