« Au pays de nos frères » : un drame iranien saisissant

Déjouant avant même sa première image la joliesse de son titre, hautement ironique, le premier long métrage de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi dénonce l’oppression des autorités iraniennes sur les réfugiés afghans dans un jeu de miroirs glaçant.


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Au pays de nos frères d'Alireza Ghasemi et Raha Amirfazli / Furyo FIlms, Limited Circle et Baldr Film

Iran, 2001. Mohammad, jeune réfugié afghan et étudiant, est sommé par des officiers de police d’effectuer leurs basses tâches, abus bientôt quotidiens qu’il cache à ses proches. Dix ans plus tard, Leila, issue de la même famille élargie, se retrouve menacée d’expulsion alors qu’elle travaille comme gouvernante pour une riche famille iranienne. En 2021, Qasem, un autre membre de la communauté, use de stratagèmes pour cacher une terrible nouvelle à sa femme…

Ce maillage de mensonges concourt à la survie de ces trois personnages, chacun suivi au creux d’une décennie différente, sur une fourchette de temps brève, propice à raconter l’extrême précarité qui les enserre.

La duplicité dans laquelle ils se drapent fait acte de résistance là où tout est intrusion et accaparation de la part de la société iranienne, à laquelle appartenaient d’ailleurs les cinéastes Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi, duo contraint dans sa liberté de création et actuellement exilé.

Et c’est certainement ce qu’Au pays de nos frères fait de mieux : suggérer le trouble derrière les apparences en jouant des valeurs de plans et du hors-champ. Le cadre prend souvent un léger recul face à des situations que l’imagination vient compléter, laissant les regards catalyser les secrets plutôt que d’afficher le péril et la mort de manière frontale.

Des frères auxquels fait allusion le titre – l’Iran ayant accueilli autour de 5 millions de réfugiés afghans à ce jour –, les trois personnages n’en connaitront aucun, tant les sévices d’un peuple sur un autre s’installent et se normalisent, dans un silence terrifiant.

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: de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi (JHR Films, 1h53), sortie le 2 juillet