
Honor de Cavallería (2006)
Une variation minimaliste sur le Don Quichotte de Cervantes. Serra évacue tout l’aspect épique du roman et se concentre sur la relation entre Don Quichotte et son écuyer Sancho Panza. Le premier divague, le second se tait, et Serra contemple la nature autour de lui. Cervantes s’y voit totalement démystifié.
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Le Chant des oiseaux (2009)
Ce deuxième film de Serra à avoir été distribué en France est une splendeur graphique, avec un noir et blanc aux contrastes tranchés. L’intrigue est une interprétation épurée d’un récit biblique, celui des Rois mages qui viennent offrir leurs présents à Jésus. C’est parfois aride, souvent burlesque – il y est question de pipi christique et de saints se baignant dans une mare de boue.

La Mort de Louis XIV (2013)
Toujours dans son entreprise de démythification, Serra filme Louis XIV dans son agonie, filmée quasi en temps réel, loin du faste associé à son règne, comme pour souligner la morbidité du pouvoir. Pour l’incarner, il a une idée de casting géniale : le virevoltant Jean-Pierre Léaud, éternel Antoine Doinel, qui apparaît pour le coup un peu pâlot.
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Liberté (2016)
Une nuit de 1774, trois libertins se livrent à une série de jeux sexuels, jouissant autant par le corps que par leurs mots. Tout en sensorialité, Serra joue de ce décalage entre préciosité du verbe et outrance porno. Fun fact : quand il a présenté ce film à Locarno, le cinéaste déclarait qu’il n’avait pas encore montré son film à ses parents. On ne sait pas s’il l’a fait depuis.

Pacifiction – Tourment sur les îles (2022)
Le film le plus libre, fou, aventureux du cinéaste. Un Benoît Magimel comme on ne l’a jamais vu y incarne un Haut-Commissaire de la République Française à Tahiti, complètement déphasé alors que la rumeur d’une reprise des essais nucléaires se propage. On y arpente l’île filmée comme un enfer dédaléen, tout aussi désorientés que le héros.
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