Albert Serra en 5 films fantasques

Avant son premier documentaire, l’ambigu et frontal « Tardes de Soledad », actuellement en salles, le cinéaste catalan Albert Serra nous confiait déjà en 2013 considérer son cinéma comme une partie de corrida : « C’est pour cette idée de jouer sa vie, sa réputation, que j’emploie cette métaphore. J’ai envie que tout soit imprévisible. C’est le danger de la fêlure. » En 5 films, on revient sur l’approche de ce cinéaste extravagant.


Honor de Cavallería d'Albert Serra (2006)
Honor de Cavallería d'Albert Serra (2006)

Honor de Cavallería (2006)

Une variation minima­liste sur le Don Quichotte de Cervantes. Serra évacue tout l’aspect épique du roman et se concentre sur la relation entre Don Quichotte et son écuyer Sancho Panza. Le pre­mier divague, le second se tait, et Serra contemple la nature autour de lui. Cervantes s’y voit totale­ment démystifié.

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Le Chant des oiseaux (2009)
Photogramme du Chant des oiseaux

Le Chant des oiseaux (2009)

Ce deuxième film de Serra à avoir été dis­tribué en France est une splendeur graphique, avec un noir et blanc aux contrastes tranchés. L’intrigue est une interprétation épurée d’un récit biblique, celui des Rois mages qui viennent offrir leurs présents à Jésus. C’est parfois aride, souvent burlesque – il y est question de pipi christique et de saints se baignant dans une mare de boue.

Jean-Pierre Léaud en Louis XIV agonisant dans La Mort de Louis XIV d'Albert Serra
Jean-Pierre Léaud en Louis XIV agonisant dans La Mort de Louis XIV d’Albert Serra

La Mort de Louis XIV (2013)

Toujours dans son entreprise de démythification, Serra filme Louis XIV dans son agonie, filmée quasi en temps réel, loin du faste associé à son règne, comme pour souligner la morbidité du pouvoir. Pour l’incarner, il a une idée de casting géniale : le virevoltant Jean-Pierre Léaud, éternel Antoine Doinel, qui apparaît pour le coup un peu pâlot.

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Liberté
Photogramme de Liberté

Liberté (2016)

Une nuit de 1774, trois libertins se livrent à une série de jeux sexuels, jouissant autant par le corps que par leurs mots. Tout en sensorialité, Serra joue de ce décalage entre préciosité du verbe et outrance porno. Fun fact : quand il a présenté ce film à Locarno, le cinéaste déclarait qu’il n’avait pas encore montré son film à ses parents. On ne sait pas s’il l’a fait depuis.

Pacifiction. Tourment sur les îles
Benoît Magimel dans Pacifiction – Tourment sur les îles (2022)

Pacifiction – Tourment sur les îles (2022)

Le film le plus libre, fou, aventureux du cinéaste. Un Benoît Magimel comme on ne l’a jamais vu y incarne un Haut-Commissaire de la République Française à Tahiti, complètement déphasé alors que la rumeur d’une reprise des essais nucléaires se propage. On y arpente l’île filmée comme un enfer dédaléen, tout aussi désorientés que le héros.

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