
On ne comprend pas toujours très bien ce qu’on regarde dans Aimer perdre. Quand Armande Pigeon, l’anti-héroïne archiendettée du film, se rend au casino avec un joueur compulsif (Melvil Poupaud), on assiste à cette scène en caméra d’iPhone embarquée : est-ce une vidéo de docu-réalité à la Nathan for You, avec des acteurs au milieu de « vrais gens » ?
Ailleurs, un groupe d’adultes se défient très sérieusement lors d’une course d’endurance d’aéromodélisme : est-ce un sport inventé, comme le cricket-calcul mental de Steak ? Les frères Guit prennent un plaisir enfantin à faire délirer le réel en sabotant les balises de la comédie traditionnelle. Serti d’images volontairement kitsch ou dégradées (floues, pixelisées, en esthétique TikTok…), le film percute nos sens façon collage psychédélique avec le même goût du trash que dans leur premier long Fils de plouc (déferlement de fluides corporels).
Le maelström burlesque qui en découle, héritier d’Uncut Gems, sert directement le récit : nous voilà propulsés dans le crâne d’Armande Pigeon, une Bruxelloise en mode survie permanent. Digne d’un jeu d’arcade, ce personnage attrape accessoires, jobs et amoureux à la volée, tombe puis se relève, indéfiniment. Armande rate tout, mais avec brio : on rit beaucoup devant cette version « cassos » de Super Mario.
Aimer perdre d’Harpo et Lenny Guit, UFO (1 h 26), sortie le 26 mars