« Cronos » de Guillermo Del Toro : une ressortie inédite en France

[CRITIQUE] Le premier film de Guillermo Del Toro, maître du fantastique, débarque dans les salles françaises en version restaurée. Baroque et magnétique, il nous embarque dans la quête de pouvoir vampirique de l’horloge de « Cronos » qui conférerait la vie éternelle à celui qui la possède.


Cronos de Guillermo Del Toro
© Les Films du Camélia

L’immortalité est un thème bien connu de la littérature et du cinéma, incarnée à l’écran par des générations entières d’aspirants vampires et d’apprentis sorciers, de Bella dans Twilight, à Elena dans Vampire Diaries, en passant par le trio inséparable de la saga Harry Potter et leur recherche de la pierre philosophale inventée par le légendaire alchimiste Nicolas Flamel.

Autre alchimiste, autre histoire avec celle du Cronos racontée par Guillermo Del Toro dans son premier long métrage éponyme sorti en 1993, et qui relate la découverte d’un étrange objet du XVIe siècle par un vieil antiquaire mexicain.

Lorsqu’il met la main sur ce bibelot, dissimulé dans le pied d’une statue d’archange, Jesús Gris ne réalise alors pas l’extraordinaire trouvaille qu’il vient de faire. Flairant néanmoins la rareté d’un tel artefact, il s’y intéresse de plus prêt et découvre alors un mystérieux mécanisme. Objet vivant, à mi-chemin entre une horloge et un insecte, le « cronos » se déploie tel un scarabée vorace buveur de sang qui plante ses pattes dans la peau de celui qui l’utilise, en l’occurrence Jesús, jusqu’à lui donner des sueurs froides. Pourtant, plus tard dans la soirée, après l’incident, l’antiquaire revient à cette mutilation, comme obsédé par l’effet revivifiant qu’elle procure. Débute alors un cycle infernal et une bataille sans merci pour l’obtention de cet objet, source d’immortalité, qu’un riche homme d’affaire mourant convoite en secret.

À l’aide d’une intrigue linéaire avisée, Guillermo Del Torro fait de son tout premier film une véritable réflexion nuancée. Long métrage à l’atmosphère inquiétante et hypnotisante, oscillant toujours entre émerveillement et horreur, bercé d’une douce lumière froide et dont le feu jaillit par la vie qui s’en dégage, Cronos pose la première pierre d’un univers fantastique peuplé de monstres fabuleux, mais toujours profondément humains. Chez Guillermo Del Toro, les méchants ne sont jamais ceux qu’on croit – et cette morale anti-manichéenne traverse aussi le film. Sans révolutionner l’idée et les enjeux de la quête d’immortalité, le cinéaste connecte ses personnages à une réalité palpable, donnant à voir un grand-père et un mari aimant, qui tente, tant bien que mal, de survivre à cette étrange malédiction. Un voyage aux confins de la vie et de la mort, à découvrir pour la première fois dans les salles françaises, vingt-deux ans après sa sortie initiale en 1993.

Cronos de Guillermo Del Toro ( Les Films du Camélia, 1h33), ressortie le 26 février