Le documentaire-fleuve de la réalisatrice canadienne Kier-La Janisse, sorti l’an dernier aux États-Unis mais jusqu’ici inédit en France, célèbre « l’horreur folklorique », que les récents The Witch (Robert Eggers, 2016) et Midsommar (, 2019) ont su remettre au goût du jour. Dans ces fables rurales, rites sacrificiels, sorcellerie et autres cultes sanglants sont de mise. Le savoir populaire ancien – « folk » signifiant en anglais « les gens » – a survécu à la culture moderne, et les paysages séculaires renferment autant de mystères que d’histoires traumatiques à déterrer – guerres, injustices, persécutions.
Partant de la « trinité impie » que forment Le Grand Inquisiteur (Michael Reeves, 1969), La Nuit du maléfice (Piers Haggard, 1972) et The Wicker Man (Robin Hardy, 1973), puis développant sur le cinéma mondial, le documentaire s’affirme comme un guide topographique du genre, toutes époques et toutes cultures confondues. Intimidant par sa durée – 3 heures et 14 minutes – et sa densité, Woodlands Dark and Days Bewitched demeure une étude indispensable pour quiconque s’intéresse à ce sujet. C’est un modèle d’essai filmique, dans lequel une pléthore d’extraits – de Candyman (Bernard Rose, 1993) à Lemora (Richard Blackburn, 1973) – s’entremêlent à des poèmes macabres, des analyses critiques et des collages animés, dans un grand feu de joie iconoclaste.
Woodlands Dark and Days Bewitched. A History of Folk Horror de Kier-La Janisse (Severin Films)